Ali Bongo est-il réellement le champion du climat qu’il prétend être à travers la planète ?

Après deux ans d’absence, Ali Bongo a marqué son retour sur la scène internationale en faisant de la lutte contre le changement climatique son cheval de bataille, en se positionnant comme l’un des chefs d’Etat les plus actifs sur les sujets touchant aux dérèglements climatiques à travers une diplomatie climatique offensive. A moins d’un an de la présidentielle de 2023, quel bilan environnemental peut-on tirer du mandat d’Ali Bongo ?

Sommet de l’Union Européenne-Union Africaine à Bruxelles, One Ocean Summit à Brest en France, Sommet de l’Initiative verte du Moyen-Orient à Ryad, Cop 26 à Glasgow : Ali Bongo est de tous les raouts traitant de questions environnementales à côté d’Emmanuel Macron, de Joe Biden ou du Prince Charles de Galles.

En juin 2021, Libreville obtenait environ 9,6 milliards de FCFA accordés dans le cadre de l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI), gérée par les Nations unies. Le Gabon devenait ainsi le premier pays africain à être récompensé pour ses efforts en matière de préservation de l’environnement dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Après le parc national de la Lopé en 2007, c’était au tour du parc national de l’Ivindo en 2021 d’être classé au patrimoine mondial de l’Unesco, en raison de sa riche biodiversité. Le leadership d’Ali Bongo dans la lutte contre le réchauffement climatique avait pesé dans le choix de l’instance onusienne.

En septembre dernier, le Gabon devenait aussi l’un des rares pays d’Afrique à vouloir intégrer les changements climatiques dans son corpus juridique et, créer des avantages fiscaux aux entreprises qui réduiraient leurs émissions de CO2, par l’adoption d’un projet d’ordonnance relatif aux changements climatiques.

Avec 90% du territoire national recouvert de forêt, Le Gabon absorberait annuellement l’équivalent de 140 000 tonnes de dioxyde de carbone, alors qu’il n’en émettrait que 35 000, soit un différentiel de 100 000 tonnes. Des crédits que les autorités gabonaises souhaitent placer sur le marché carbone.

Si le Gabon jouit d’une image à l’international, de pionnier dans la lutte contre le réchauffement climatique grâce au leadership d’Ali Bongo, sur le plan intérieur, la réalité pourrait être tout autre. Pour les adversaires du chef de l’État, le rayonnement du Gabon en matière de lutte contre le réchauffement climatique, est une opération de communication orchestrée par le Palais pour soigner l’image du chef de l’État à l’international. Une image fortement écornée par des affaires de corruption, de soupçons de fraudes aux élections présidentielles de 2009 et 2016, et de l’attaque du QG de l’opposant Jean Ping.

En effet, pour ses adversaires, la politique écologique et environnementale d’Ali Bongo souffrirait de l’absence d’un véritable business environnemental. Malgré la création de 13 parcs nationaux, le tourisme reste encore un pan marginalisé dans l’économie gabonaise. Des difficultés liées à des problèmes d’infrastructures, à un déficit en personnel qualifié, et à l’absence d’une véritable politique de valorisation du tourisme. En 2020, le poids du tourisme sur le produit intérieur brut n’était que de 4% contre 50% pour les hydrocarbures.

En juin 2021, la société franco-britannique Perenco, la low-cost du pétrole, principal producteur de l’or noir dans le pays, était inculpée et mise en examen au tribunal de première instance de Port-Gentil. Elle est accusée par plusieurs ONG de pollution à grande échelle à Etimboué, un département parmi les plus riches en hydrocarbures du pays.

Plusieurs mois plus tard, au Palais Présidentiel, Ali Bongo recevait François Perrodo, Président Directeur Général de Perenco, venu plaider sa cause auprès du chef de l’État Ali Bongo Ondimba.

En outre, depuis plusieurs années, le conflit homme-faune prend des proportions exponentielles. Les plantations des communautés villageoises sont régulièrement détruites par des éléphants, et certains villages enregistrent des incursions récurrentes de ces pachydermes. Plusieurs facteurs expliquent ce conflit : la déstabilisation des forêts à cause de l’activité minière et forestière grandissante, la hausse du nombre des espèces protégées, la multiplication des parcs nationaux au détriment des communautés villageoises.

Le 17 janvier 2022, le ministère des Eaux et Forêts via la taskforce Amont Forestier menaçait de remettre dans le domaine de l’État près de 200 permis forestiers détenus par des hommes politiques et patron d’affaires. Beaucoup de ses permis forestiers auraient été obtenus de façon illégale à travers des passe-droit.

Arnaud Mbeng


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