La crise de la dette pèse sur les systèmes de santé dans les pays en développement, prévient ONUSIDA

Les investissements dans la lutte contre le sida et la Covid-19 sont en danger avec la crise de la dette qui menace le continent africain et les pays en développement, a averti vendredi une agence de l’ONU, relevant qu’en 2020, les pays très endettés ont déjà consacré quatre fois plus de leurs revenus au remboursement de leur dette qu’aux financements dans la santé.

Dans un rapport, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) note que la Covid-19 et la crise de la dette, aujourd’hui aggravée par les conséquences de la guerre en Ukraine, ont créé un recul sans précédent dans le domaine de la santé mondiale. Cette situation met en péril la riposte mondiale au sida, risquant de provoquer 7,7 millions de décès liés au sida d’ici à 2030.

La crise de la dette et la guerre en Ukraine ont aggravé la crise budgétaire des pays en développement, sapant gravement leur capacité à investir dans la santé.

« Le système multilatéral ne peut pas échouer à nouveau », a déclaré Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l’ONUSIDA, critiquant l’iniquité vaccinale pendant la pandémie de Covid-19.

En 2020, pour chaque 10 dollars disponibles, 4 dollars consacrés au service de la dette

Le document montre également que les pays les plus touchés en termes économiques par la Covid-19 sont les pays les plus endettés - ce sont aussi les pays les plus touchés par le VIH.

En 2020, pour chaque 10 dollars disponibles, 4 dollars ont été consacrés au service de la dette et seulement 1 dollar a été investi dans la santé.

Sur les 38 millions de personnes vivant avec le VIH, 26 millions se trouvent dans des pays en développement et deux tiers dans des pays qui n’ont bénéficié d’absolument aucun allègement de la dette. En 2021, les ressources internationales consacrées au VIH ont été inférieures de 6% à celles de 2010.

L’ONUSIDA estime que la réduction des ressources disponibles pour financer l’accès aux services liés au VIH pourrait coûter 7,7 millions de vies au cours de la prochaine décennie.

Les dépenses de santé de 110 pays en 2027 inférieures aux niveaux d’avant Covid

La Banque mondiale prévoit que, sans même tenir compte des derniers chiffres, les dépenses de santé de 110 pays en 2027 seront soit inférieures aux niveaux de 2019, soit légèrement supérieures. Seuls 67 pays dépasseront les niveaux d’investissement en santé de 2019.

Dans le même temps, les dernières prévisions du FMI annoncent un ralentissement de la croissance économique, une hausse de l’inflation et une aggravation des risques d’endettement, ce qui laisse les investissements dans la santé et le VIH gravement menacés.

« Nous avons besoin d’une réponse multilatérale courageuse pour permettre aux pays en développement de répondre aux pandémies actuelles et de prévenir celles à venir, tout en s’attaquant aux crises alimentaires urgentes », a affirmé Mme Byanyima.

En moyenne, les niveaux de la dette publique dans les pays à revenu faible et intermédiaire sont passés de 55% à 63,8% du PIB entre 2019 et 2020, ce qui équivaut à un montant stupéfiant de 2.300 milliards de dollars, et continuent de grimper en flèche.

Rembourser « d’énormes dettes » au détriment de la lutte contre les maladies

Pendant ce temps, la dépréciation de la monnaie par rapport au dollar de plus de 10%, et l’escalade des paiements des taux d’intérêt créent une tempête parfaite de la dette.

Pour les pays à faible revenu (PFR), la dette totale est estimée à 87% du PIB. En conséquence, la proportion de PFR en situation de surendettement, ou à haut risque de surendettement, a doublé pour atteindre 60% par rapport aux niveaux de 2015.

L’ONG OXFAM a présenté les dernières données autour des inégalités d’accès à la santé. « Les pays les plus pauvres dépensent beaucoup plus pour rembourser leurs énormes dettes aux riches créanciers de New York et de Londres qu’ils ne peuvent le faire pour protéger leur population des maladies. C’est une situation épouvantable, d’autant plus épouvantable qu’il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. L’inégalité est un choix politique, pas une fatalité », a conclu Max Lawson, responsable de la politique et du plaidoyer en matière d’inégalités à Oxfam International.


Commenter l'article